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Les seniors, derniers dégustateurs de vin ?

> Des dégustateurs hétérogènes

Peut-on dégager des habitudes de consommation chez les dégustateurs de plus de 50 ans ?

Difficilement. Pour la simple raison que les seniors ont des attitudes très différentes. Non seulement cela dépend de la personne mais aussi de plusieurs paramètres.


Un des paramètres correspond à l’acte d’achat. Celui-ci pourra être motivé par plusieurs raisons. Soit parce qu’on invite des amis à dîner, soit que l’on a envie de constituer une cave. Dans ce dernier cas, on achètera des vins de garde que l’on conservera plusieurs années avant de les déguster.

Si on cherche des vins agréables (entre 5 et 20 euros) pour la consommation au quotidien, on pourra se constituer une petite cave de 80 à 100 euros pour environ une dizaine de bouteilles. Pour des vins de garde, on penchera pour des bouteilles allant de 30 à 40 euros pour une cave d’un montant minimal de 100 euros.


Par ailleurs, un senior qui constitue sa cave à 50 ans n’a rien à voir avec un senior de 70 ans, qui lui, fera sa cave plutôt pour la dégustation de ses enfants et petits-enfants.

On choisira alors des vins qui savent vieillir comme les Sauternes, que l’on gardera plusieurs années et qu’on sortira pour les grandes occasions.

Ici, nous orientons nos élèves dans la constitution de leur cave à vins. Nous leur proposons d’acheter leur vin au même prix qu’au domaine du vigneron, donc moins cher.


Une autre variable concerne le budget. Il diffère suivant le prix de la bouteille et on vient de le voir, suivant le but de l’achat, c’est-à-dire si l’on achète pour faire des cadeaux, pour faire plaisir ou pour goûter.

De plus, il est évident que le budget du vin est essentiellement lié à ce que les gens gagnent.


Enfin, l’attitude diffère suivant que le senior est encore actif ou bien à la retraite. Il s’avère donc extrêmement difficile d’établir une classification. Les dépenses et les attentes ne sont pas les mêmes.

Pensez-vous que la percée des vins étrangers représente une concurrence sérieuse pour nos vins français ?

Je pense que c’est un faux débat. Cette question révèle bien une tendance à vouloir opposer les vins du nouveau monde aux vins français alors qu’il n’y a pas lieu de le faire.

En réalité, nous sommes sur deux produits tellement différents qu’on ne peut affronter aussi brutalement, et ce de la même façon qu’on ne peut comparer les Bordeaux et les Bourgogne. Ils sont trop dissemblables.


A mon avis, tous les vins sont intéressants à découvrir. Sans compter que les terroirs français ont une telle spécificité qu’on ne peut les comparer avec les vins étrangers.


Est-ce que les seniors jouent un rôle de transmission de la culture du vin aux jeunes générations ?

Au sein de la famille, bien entendu. Les seniors peuvent apporter leur expérience et leur connaissance à leurs enfants et leurs petits-enfants.

Il est du ressort des grands-parents que de transmettre la culture aux jeunes générations. Dès lors, un grand-père fera goûter à ses petits-enfants le vin d’un grand vigneron de la même manière qu’il les emmènera voir l’exposition d’un artiste notoire.


Pourtant cette culture de la transmission tend à se perdre. Du fait de son étiquette de boisson alcoolisée, on se sent un peu honteux d’aimer le vin aujourd’hui.

En France, l’Etat le stigmatise comme s’il était un nouveau produit dangereux pour la santé alors que c’est avant tout un produit culturel. Rappelons que les problèmes d’alcoolisme ne sont pas liés à la dégustation des grands vins de qualité ! Il ne faut pas confondre la culture du vin dans le sens le plus noble du terme avec une consommation banalisée. C’est comme ne pas faire la distinction entre une véritable œuvre d’art et une composition d’amateur.


Cette confusion fait que le vin devient quelque chose d’élitiste, réservé aux gens d’un certain niveau de vie. Une tendance fort regrettable contre laquelle nous luttons, en faisant en sorte que le vin soit ouvert à tous.






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