En football, on appelle ça un hat trick: trois livres, trois succès. Eva Joly n'est pas de ces «petits juges» qui bâclent un manuscrit sur le feu de paille d'une affaire médiatisée et puis s'en vont. La Force qui nous manque, son dernier ouvrage, démarre encore mieux que les précédents. Son succès repose sur quelques règles simples et toujours identiques: sortie au mois de juin, juste avant l'été; titre «impliquant», à la première personne du pluriel - Notre affaire à tous (133 000 exemplaires); Est-ce dans ce monde-là que nous voulons vivre? (190 000) - et un immuable gimmick de couverture - petites lunettes ovales sur le bout du nez et... rides! «Oui, Eva Joly est une femme sans fard qui ose son âge», revendique son fidèle éditeur, Laurent Beccaria.
Car la femme a désormais pris le pas sur la magistrate. Bien sûr, ce sont l'affaire Elf, les Berluti de Roland Dumas et le défilé de puissants dans son bureau qui l'ont rendue célèbre - savoureuse scène de François Léotard lui tournant ostensiblement le dos en lisant Saint-John Perse dans son cabinet d'instruction. Mais, cette fois, Eva Joly, devenue conseillère pour la lutte contre la corruption et le blanchiment en Norvège, lève un pan de voile sur sa vie privée: son arrivée à Paris comme fille au pair et, surtout, le suicide de son époux en pleine affaire Elf. Un surprenant cahier de photos nous fait même découvrir l'adolescente scandinave qu'elle fut - n° 3 à l'élection de Miss Norvège!
«Mais attention, elle mord toujours! prévient Laurent Beccaria. C'est une femme libre qui n'hésite pas, avec une franchise toute nordique, à attaquer les puissants. Et cela plaît.» En France comme en Norvège, où un éditeur vient de débourser la bagatelle de 120 000 euros pour acquérir les droits de ce dernier livre...