On l’a vue dernièrement à l’affiche de deux films grand public : La vérité ou presque et La face cachée. Deux rôles où elle tient le haut du pavé. Or l’actrice ne l’a pas toujours été. Portrait.
Elle est de ces faciès particuliers qui marquent les esprits. A la fois chétive, et glaciale, son apparence est doublement trompeuse. Comme si son masque impassible la prédestinait à endosser le rôle de comédienne.
Parler de prédestination sied bien au parcours suivi par cette fille de directeur de plate-forme pétrolière. Cette Karine qui a tronqué son « e » - instinct de préservation peut-être, la comédienne n’étant pas de celles à étaler leur vie privée, ou simple souci d’originalité- a dû faire ses preuves pour gagner la reconnaissance du public et de ses pairs.
Le chemin de croix de Karin
A 17 ans, c’est une jeune Rouennaise qui décide de monter sur Paris pour faire ses premiers pas de comédienne. Avec pour seul bagage un diplôme de sténodactylo et des cours au Conservatoire de Rouen, la provinciale débarque dans la jungle parisienne où se côtoient les artistes autoproclamés de pacotille et les quelques jeunes talents. Elle enchaîne les castings sans succès jusqu’à ce jour de 1989 où elle parvient enfin à dénicher un petit rôle d’esthéticienne dans un long-métrage du nom de… Tatie Danielle.
Sa carrière est lancée. Après Etienne Chatilliez c’est au tour de Jean-Pierre Jeunet de lui accorder sa confiance dans Delicatessen. S’enclenche pour elle un cycle vertueux de tournages dans lequel on reconnaîtra quelques pointures du septième art : Mathieu Kassovitz, Cédric Klapish…
Comment classer Karin Viard ? Accoutumée à donner vie à des personnages réservés et fragiles, elle sait aussi bien donner dans la légèreté. Tantôt incarnant une randonneuse cocasse tantôt une célibataire endurcie auprès de Catherine Frot dans La Nouvelle Eve. Mais pourtant le talent de la comédienne ne se situe à son zénith que dans des rôles psychologiques. Ainsi rayonne-t-elle dans la peau de cette femme atteinte du cancer dans Haut les cœurs, au point de rafler le César de la meilleure actrice en 2000.
Pas si iconoclaste que ça notre Karin. Et puis tout bon comédien doit savoir endosser des rôles aux antipodes les uns des autres. Sauf qu’à 41 ans, et jouissant d’une carrière bien remplie et plusieurs consécrations (elle a remporté le César du Meilleur second rôle féminin en 2002 pour Embrassez qui vous voudrez de Michel Blanc), ce ne sont que dans des œuvres dramatiques que l’actrice fait montre d’une aura particulière. Le pathos : un jeu d’enfant pour cette artiste à l’univers sibyllin. Une évidence ô combien dissimulée.
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